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sentier forestier prit à travers le harnais de Priska décédée depuis plusieurs mois
Avant de perdre la vue, alors que je n'étais qu'un enfant, je rêvais d'être garde forestier pour pouvoir ''contempler les arbres toute la journée''… Aujourd'hui, plus que jamais, la forêt et l'eau en milieu naturel, mes sources d'inspirations principales, éveillent mes sens. Toucher le tronc d'un arbre, entendre le bruit du vent dans les branches et celui de l'eau qui coule, ressentir, au détour d'un sentier, la fraîcheur d'une cascade, humer la résine et autres senteurs qu'un sous-bois peut offrir, sont autant de moments que je cherche à capturer.
Bien que cette approche sensorielle guide mon objectif, j'ai besoin du soleil pour stimuler ma créativité et ainsi restituer sur mes clichés, à travers la sous et la surexposition, la dualité nuit / lumière qui résume l'infime perception visuelle qui me reste.
D'ailleurs, ma compagne compare souvent mes yeux à des papillons…
En effet, sur un chemin forestier ou près d'un plan d'eau ombragé, mon regard est comme aimanté par un rayon de soleil, qui à travers les branches, vient me ''tapper dans l'œil'', à croire que mes yeux veulent fuir l'ombre pour atteindre la lumière même si celle-ci est aveuglante…

Côté technique
Je réalise mes clichés avec deux appareils photos numériques réflexes exclusivement en mode manuel... De cette manière, comme le post-traitement m'est inaccessible, je m'efforce de retransmettre, via les réglages (appris par coeur et maîtrisés), directement sur la photo l'émotion ressentie.

La détermination du cadrage dépend de plusieurs facteurs, selon que je sois seul ou accompagné et que je connaisse ou non le lieu choisi. Chaque situation peut également induire une approche différente en fonction de l'identification du sujet par son parfum, par le bruit (de l'eau qui coule, par exemple), mais aussi par le toucher, qu'il soit de mon fait ou qu'il résulte d'une rencontre brutale entre mes pieds et un enchevêtrement de racines ou de branches...
Par ailleurs, la localisation d'une source lumineuse se fait grâce à l'infime perception de la lumière qu'il me reste à un oeil, à la chaleur d'un rayon de soleil sur mon visage et surtout à l'aide d'un appareil qui me transforme l'intensité lumineuse en un signal sonore qui va du grave pour le sombre au très aigu pour une lumière vive.
Mais de plus en plus, je demande à ma compagne de me décrire le plus objectivement possible l'impalpable tel que les paysages, les coucher de soleil, les constructions, ...
Ensuite, j'appuie l'appareil photo sur ma bouche ou sur ma poitrine pour que celui-ci soit toujours dans un bon alignement et quant à l'horizontalité je l'assure en plaquant un niveau à bulle sonore sous l'appareil. Puis je fais plusieurs prises en me décalant un peu à gauche et à droite.

En finalité, de retour à la maison, Cathy me décrit chaque cliché et je ne retiens que ceux qui correspondent le mieux à la représentation mentale que je me suis faite sur le terrain.
Pour l'anecdote, il arrive que certaines photos soit éliminée, parce qu'elles ne sont pas le reflet de mon imagination, alors que mon amie trouvait la composition intéressante.